Une revue papier semestrielle, en noir et blanc.

Autrefois centrée sur la création littéraire (c'est avec beaucoup d'hésitation que j'utilise les mots « création » et « littéraire », en leur gardant leurs minuscules), elle veut désormais s'ouvrir à toutes les formes de création artistique. (On pourrait parler de « production » plutôt que de création, ce serait plus juste, plus humble, et plus laïque, mais je crois que c'est moins joli à l'oreille de beaucoup.)

C'est une revue clandestine. Clandestine car trop permise, entendons-nous bien, il ne faut pas se croire censuré parce qu'on ne crie pas assez fort. Tirée à cent exemplaires, elle épuise ses numéros à son rythme, vendue sous le manteau d'un de ses parrains, sur le comptoir d'un café, elle se retrouve parfois mystérieusement sur le siège d'un train ou dans une brocante. (Histoires vraies.) Elle n'a pas vocation à grandir, à faire de l'édition professionnelle, mais à continuer à vivre tant qu'elle y trouvera du sel, publie des auteurs pour l'heure dilettantes, se diffuse en dilettante. Elle ne paie ni ses auteurs ni son directeur, mais se rembourse seule et par ses seuls moyens. Pourtant, elle offre à ses lecteurs, nous disent-ils, des vertiges à crier, des images dessinées ou tissées de mots, à habiter, des étonnements d'enfant, des accrocs dans l'air où se glisser.

Couleurs est une revue en noir et blanc, et elle entremêle les contradictions. Elle défend la gratuité du geste artistique en même temps que sa nécessité, elle n'arrête pas de radoter métaphysique ou politique en même temps qu'elle a peur de tels gros mots.

Couleurs est née de la revue [Sans titre], fondée en 2009 par quatre lycéens, qui avaient jeté des regards sur les textes des uns et des autres, et s'étaient dit que ces derniers pouvaient peut-être avoir un sens en dehors du tiroir. À l'époque, nous ne savions pas très bien où nous allions. Maintenant non plus, mais on y va.